Quand on tape « la jouconde » dans un moteur de recherche, on cherche le même tableau que Mona Lisa – et la question du double nom revient systématiquement. La Joconde et Mona Lisa désignent exactement la même oeuvre, peinte par Léonard de Vinci sur un panneau de bois de peuplier. Les deux noms coexistent depuis des siècles, mais ils ne viennent pas du même endroit ni de la même logique.
Pourquoi le tableau s’appelle Mona Lisa et La Joconde
Le nom « Mona Lisa » vient de l’italien. « Mona » est une contraction de « Madonna », titre de politesse équivalent à « Madame ». « Lisa » désigne le prénom du modèle. La formulation complète, « Monna Lisa », apparaît dans le texte de Giorgio Vasari publié en 1550, qui décrit Léonard travaillant sur le portrait de Lisa Gherardini.
« La Joconde » est la traduction française de « La Gioconda », surnom dérivé du nom de famille du mari du modèle : Francesco del Giocondo, marchand de soie florentin. En italien, « gioconda » signifie aussi « joyeuse » ou « sereine » – ce qui a alimenté des lectures symboliques du sourire, sans que ce soit forcément l’intention d’origine.
En anglais, on dit « Mona Lisa ». En français, « La Joconde ». En italien, « La Gioconda ». Trois noms, un seul tableau, selon la langue du pays où l’oeuvre est évoquée.
Le modèle du portrait : Lisa Gherardini, pas un mystère total
L’identité du modèle est souvent présentée comme une énigme irrésolue. La réalité est plus précise. Deux sources indépendantes relient Léonard à Lisa Gherardini : une note marginale d’Agostino Vespucci datée d’octobre 1503 et le récit de Vasari publié en 1550. Ces deux témoignages convergent sur le même nom, sans se citer l’un l’autre.
Lisa Gherardini est née à Florence en 1479. Elle épouse Francesco del Giocondo en 1495. La commande du portrait aurait été liée à la naissance de leur deuxième fils et à l’acquisition d’une maison – deux occasions qui justifiaient alors un portrait de famille.

Des théories alternatives ont circulé : portrait d’un homme déguisé, autoportrait de Léonard, modèle imaginaire. Aucune n’a produit de source documentaire comparable aux deux témoignages florentins. L’identification à Lisa Gherardini fait aujourd’hui consensus parmi les spécialistes, même si des zones d’ombre subsistent sur les circonstances exactes de la commande et sur la date de livraison du tableau.
Technique de Léonard de Vinci : ce que les analyses scientifiques ont confirmé
Le sourire « énigmatique » de Mona Lisa a suscité des milliers de pages d’interprétation. La réponse technique est plus sobre : Léonard utilise le sfumato, une technique de glacis superposés qui estompe les contours et crée des transitions très douces entre ombre et lumière. Les coins de la bouche et des yeux ne sont jamais nettement définis, ce qui rend l’expression difficile à fixer.
Une étude publiée dans le Journal of the American Chemical Society en octobre 2023 a analysé un échantillon microscopique de la couche de préparation du tableau. Elle a identifié de la plumbonacrite, un composé rare d’oxyde de plomb. Ce résultat éclaire la technique de Léonard pour préparer son support, sans révéler de message caché ni de couche supplémentaire sous le portrait visible.
Le support lui-même pose des problèmes concrets de conservation : le panneau en bois de peuplier s’est déformé au fil des siècles et présente une fissure. Le dispositif de présentation au Louvre régule température et humidité pour limiter les risques. C’est pour cela que le tableau est placé derrière une vitre blindée dans un caisson isotherme – pas uniquement pour des raisons de sécurité.
Les mythes les plus tenaces autour de La Joconde
Plusieurs affirmations circulent sur le tableau sans base documentaire solide. En voici quelques-unes fréquemment rencontrées :
- Le tableau aurait un double caché : des examens techniques ont effectivement détecté des repentirs et des modifications sous la couche de peinture visible, mais aucun second portrait complet n’a été identifié sous le tableau connu.
- Mona Lisa n’aurait pas de sourcils : leur absence visible s’explique probablement par l’altération des pigments avec le temps et par la finesse de la touche dans cette zone, plutôt que par un choix délibéré.
- Le vol de 1911 aurait fabriqué la célébrité du tableau : le vol par Vincenzo Peruggia a effectivement provoqué une couverture médiatique mondiale et ancré le tableau dans la culture populaire, mais La Joconde était déjà considérée comme une oeuvre majeure avant cette date.
- La Joconde serait inestimable : le musée du Louvre ne lui attribue pas de valeur marchande officielle. Le tableau n’est pas assuré au sens commercial du terme – son coût de remplacement étant considéré comme impossible à calculer.
La Joconde au Louvre : une exposition qui divise les visiteurs
Le tableau mesure environ 77 cm sur 53 cm. Pour la majorité des visiteurs qui font la queue dans la Salle des États, la découverte produit souvent une réaction de surprise face à la taille modeste de l’oeuvre, vue de loin derrière une vitre. Le décalage entre la réputation mondiale et l’expérience physique de la visite est documenté et souvent commenté.
Cette déception relative ne dit rien sur la qualité de la peinture – elle dit surtout que l’image mentale construite par des décennies de reproduction et de médiatisation dépasse nécessairement n’importe quel original physique. Voir La Joconde en vrai, c’est d’abord mesurer l’écart entre le mythe et l’objet.
Le tableau reste exposé au Louvre, dans des conditions de conservation qui rendent tout déplacement risqué compte tenu de la fragilité du panneau de bois. Des discussions ont eu lieu sur une possible salle dédiée pour améliorer les conditions de visite, sans que cela aboutisse à ce jour à une décision définitive.
Au fond, les deux noms – La Joconde et Mona Lisa – résument bien la double nature de ce tableau : d’un côté un objet physique précis, daté, attribué, conservé avec soin ; de l’autre une image mentale collective qui continue d’exister indépendamment du panneau de peuplier enfermé dans son caisson parisien.