Otto Strasser est un homme politique allemand né en 1897 à Bad Windsheim, en Bavière, et mort en 1974 à Munich. Membre du parti nazi, il le quitte en 1930 après une rupture avec Hitler, fonde le Front noir et passe les années du Troisième Reich en exil. Son parcours est celui d’un militant nationaliste devenu opposant à Hitler, ce qui ne fait pas de lui un résistant démocrate.
Otto Strasser avant le parti nazi : jeunesse et corps francs
Otto naît le 10 septembre 1897 et grandit en Bavière, comme son frère aîné Gregor. Après la Première Guerre mondiale, il rejoint un corps franc en 1919, puis passe par le Parti social-démocrate (SPD) avant de s’en détourner. Il adhère au parti nazi en 1925. Son frère Gregor, plus âgé, y occupe déjà une place de premier plan.
Le tandem avec Gregor Strasser dans le NSDAP
Les deux frères incarnent l’aile nord du parti, tournée vers les ouvriers et l’anticapitalisme. Otto passe pour le plus intellectuel des deux, et il rédige l’essentiel des idées du programme que les frères défendent en 1925 et 1926. La doctrine qui en découle porte un nom, détaillé dans l’article sur la doctrine du strasserisme.
En mars 1926, Gregor et Otto fondent à Berlin la maison d’édition Kampf-Verlag, qui publie l’hebdomadaire Berliner Arbeiterzeitung. Goebbels en devient le directeur, sous l’autorité de Gregor. Otto y publie ses articles les plus provocants, parfois sous le nom de son frère, ce qui expose Gregor à des plaintes en diffamation. Un mois plus tôt, le 14 février 1926, la conférence de Bamberg a tourné à l’avantage de Hitler : il y rejette le programme radical apporté par Gregor et Goebbels, et le parti se recentre sur sa personne. Gregor accepte un compromis, dissout la communauté de travail qu’il animait et prend la direction de la propagande du parti.
Otto, lui, quitte le parti en 1930, alors que Gregor y reste jusqu’à sa mort en 1934.
1930 : la rupture avec Hitler
Otto reproche à Hitler d’avoir trahi les buts anticapitalistes d’origine du parti. Le conflit éclate le 30 juin 1930, lors d’une assemblée où Goebbels l’attaque. Otto quitte le parti ; les sources divergent sur la forme de ce départ, démission pour éviter l’exclusion ou exclusion pure et simple.

Cette querelle porte sur la direction du parti et sur sa ligne sociale. Les projets expansionnistes de Hitler, eux, sont développés dans l’article sur la notion de Lebensraum.
Le Front noir, opposition nationaliste
Le 4 juillet 1930, Otto fonde la Kampfgemeinschaft Revolutionärer Nationalsozialisten, plus connue sous le nom de Front noir. Ce mouvement se présente comme un retour aux buts anticapitalistes du programme en 25 points du parti nazi. Sa critique du capitalisme est formulée en termes d’antisémitisme économique, et non dans une perspective socialiste.
Le Front noir n’a jamais dépassé quelques milliers de membres. L’arrivée de Hitler à la chancellerie en 1933 met fin à son influence. Le mouvement n’a donc jamais pu s’opposer efficacement au parti nazi, ni avant ni après la prise du pouvoir.
Exil en Tchécoslovaquie puis au Canada
Otto quitte l’Allemagne en 1933. Il passe par l’Autriche et la Tchécoslovaquie (Prague), puis la Suisse et la France. Le 30 juin 1934, son frère Gregor est tué à Berlin pendant la Nuit des longs couteaux, abattu dans sa cellule.
En 1940, Otto gagne les Bermudes via le Portugal, avant de s’installer au Canada en 1941, en Nouvelle-Écosse, à Clarence puis à Paradise. La guerre elle-même, avec le rôle de l’armée allemande, est traitée dans l’article sur l’histoire de la Wehrmacht.

Il publie en 1940 son livre Hitler and I (« Hitler und Ich » en allemand), édité à Londres chez Jonathan Cape. L’historien Peter Stachura qualifie ses mémoires d’après-guerre d’éloges sans gêne, qui contiennent des erreurs de fait. Ses livres se lisent donc comme des témoignages partiaux, à recouper avec les travaux des historiens.
Retour en Allemagne et mort à Munich
Otto Strasser retourne en Allemagne en 1955 et s’installe à Munich. En 1956, il tente de fonder un parti, la Deutsch-Soziale Union, qui attire peu de soutien. Il meurt à Munich le 27 août 1974.
Ce que l’histoire retient de lui
Les historiens se méfient de ses propres récits, qui arrangent souvent son rôle. Son nom sert encore de référence à une partie de l’extrême droite, attirée par l’anticapitalisme nationaliste du Front noir.
Otto Strasser reste un cas à part : un nazi de la première heure, écarté par Hitler dès 1930, dont le frère a été tué en 1934 et qui a vécu quarante ans de plus que lui.